Полное собрание сочинений в 10 томах.

749. А. X. БЕНКЕНДОРФУ

21 ноября 1836 г. В Петербурге
Monsieur le comte!

Je suis en droit et je me crois obligé de faire part à Votre Excellence de ce qui vient de se passer dans ma famille. Le matin de 4 novembre, je reçus trois exemplaires d'une lettre anonyme, outrageuse pour mon honneur et celui de ma femme. A la vue du papier, au style de la lettre, à la manière dont elle était rédigée, je reconnus dès le premier moment qu'elle était d'un étranger, d'un homme de la haute société, d'un diplomate. J'allai aux recherches. J'appris que sept ou huit personnes avaient reçu le même jour un exemplaire de la même lettre, cachetée et adressée à mon adresse sous double enveloppe. La plupart des personnes qui les avaient reçues, soupçonnant une infamie, ne me les envoyèrent pas.

On fut, en général, indigné d'une injure aussi lâche et aussi gratuite; mais tout en répétant que la conduite de ma femme était irréprochable, on disait que le prétexte de cette infamie était la cour assidue que lui faisait M-r Dantès.

Il ne me convenait pas de voir le nom de ma femme accollé, en cette occasion, avec le nom de qui que ce soit. Je le fis dire à M-r Dantès. Le baron de Heckern vint chez moi et accepta un duel pour M-r Dantès, en me demandant un délai de 15 jours.

Il se trouve, que dans l'intervalle accordé, M-r Dantès devint amoureux de ma belle-sœur M-elle Gontcharoff, et qu'il la demanda en mariage. Le bruit public m'en ayant instruit, je fis demander à M-r d'Archiac (second de M-r Dantès) que ma provocation fut regardée comme non avenue. En attendant je m'assurai que la lettre anonyme était de M-r Heckern, ce dont je crois de mon devoir d'avertir le gouvernement et la société.

Etant seul juge et gardien de mon honneur et de celui de ma femme, et par conséquant ne demandant ni justice, ni vengeance, je ne peux ni ne veux livrer à qui que ce soit les preuves de ce que j'avance.

En tout cas, j'espère, M-r le comte, que cette lettre est une preuve du respect et de la confiance que je porte à votre personne.

C'est avec ces sentiments que j'ai l'honneur d'être,
Monsieur le comte, Votre très humble et très
obéissant serviteur

A. Pouchkine.
21 Novembre 1836. 1)

 

Бібліотека ім. О. С. Пушкіна (м. Київ).
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