Полное собрание сочинений в 10 томах.

650. А. X. БЕНКЕНДОРФУ

1 июня 1835 г. В Петербурге
Monsieur le Comte,

Je suis honteux d'importuner toujours Votre Excellence, mais l'indulgence et l'intérêt que Vous avez toujours daigné me témoigner seront l'excuse de mon indiscrétion.

Je n'ai pas de fortune; ni moi, ni ma femme n'avons encore la part qui doit nous revenir. Jusqu'à présent je n'ai vécu que des fruits de mon travail. Mon revenu fixe, ce sont les appointements que l'empereur a daigné m'accorder. Travailler pour vivre n'a pour moi, certes, rien d'humiliant; mais accoutumé à l'indépendance, il m'est tout-à-fait impossible d'écrire pour de l'argent; et l'idée seule suffit pour me réduire à l'inaction. La vie de Pétersbourg est horriblement chère. Jusqu'à présent j'ai envisagé avec assez d'indifférence les dépenses que j'ai été obligé de faire, un journal politique et littéraire, entreprise purement mercantile, me donnant tout de suite les moyens d'avoir 30 à 40 milles de revenu. Cependant cette besogne me répugnait tellement, que je n'ai songé à y avoir recours qu'а la dernière extrémité.

Je me vois dans la nécessité de couper court а des dépenses qui ne m'entraînent qu'à faire des dettes et qui me préparent un avenir d'inquiétude et d'embarras, sinon de misère et de désespoir. Trois ou quatre ans de retraite à la campagne, me mettront de nouveau dans la possibilité de venir reprendre à Pétersbourg des occupations que je dois encore aux bontés de Sa Majesté.

J'ai été comblé des bienfaits de l'empereur, je serais au désespoir que Sa Majesté put supposer dans mon désir de m'éloigner de Pétersbourg un autre motif que celui d'une absolue nécessité. Le moindre signe de mécontentement ou de soupçon, suffirait pour me retenir dans la position où je me trouve, car enfin j'aime mieux être gêné dans mes affaires, que perdu dans l'opinion de celui qui a été mon bienfaiteur, non comme souverain, non par devoir et par justice, mais par un libre sentiment de bienveillance noble et généreuse.

C'est en remettant mon sort entre vos mains, que j'ai l'honneur d'être avec le respect le plus profond

Monsieur le Comte de Votre Excellence
le très humble et très obéissant serviteur
Alexandre Pouchkine.
1 juin.
St.Pb. 1)

 

Бібліотека ім. О. С. Пушкіна (м. Київ).
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