Полное собрание сочинений в 10 томах.

462. А. X. БЕНКЕНДОРФУ

24 ноября 1831 г. В Петербурге
Mon Général,

N'étant pas encore attaché définitivement au service et des affaires pressentes nécessitant ma présence à Moscou, je suis obligé de m'absenter pour deux ou trois semaines sans d'autre autorisation que celle de l'officier de quartier. Je crois de mon devoir d'en prévenir votre Excellence.

Je saisis cette occasion pour vous parler d'une chose qui m'est toute personnelle. L'intérêt que vous avez toujours daigné me témoigner, m'encourage à vous en parler en détail et en toute confiance.

Il y a un an à peu près que dans l'un de nos journaux on imprima un article satyrique dans lequel on parlait d'un certain littérateur qui manifestait des prétentions à une origine noble, tandis qu'il n'était qu'un bourgeois-gentilhomme. On ajoutait que sa mère était une mulâtre dont le père, pauvre négrillon, avait été acheté par un matelot pour une bouteille de rhum. Quoique Pierre le Grand ne ressemblât guère à un matelot ivre, c'était me désigner assez clairement, vu qu'il n'y a que moi de littérateur russe qui comptasse un nègre parmi mes ancêtres. Comme l'article en question était imprimé dans une gazette officielle, qu'on avait poussé l'indécence jusqu'à parler de ma mère dans un feuilleton qui ne devrait être que littéraire, et que nos gazetiers ne se battent pas en duel, je crus devoir répondre au satyrique anonyme, ce que je fis en vers et très vertement. J'envoyais ma réponse à feu Delvig, en le priant de l'insérer dans son journal. Delvig m'engagea à la supprimer, me faisant observer qu'il y aurait du ridicule à se défendre la plume à la main contre des attaques de cette nature et à afficher des sentiments aristocratiques, lorsqu'à tout prendre on n'était qu'un gentilhomme-bourgeois, sinon un bourgeois-gentilhomme. Je me rendis à son avis, et l'affaire en resta là; cependant il courut quelques copies de cette réponse, ce dont je ne suis pas fâché, attendu qu'il n'y a rien que je voulus désavouer. J'avoue que je tiens à ce qu'on appelle des préjugés: je tiens à être aussi bon gentilhomme que qui que ce soit, quoique cela ne rapporte pas grand'chose; je tiens beaucoup enfin au nom de mes ancêtres, puisque c'est le seul héritage qu'ils m'ont laissé.

Mais comme on pourrait prendre mes vers pour une satyre indirecte sur l'origine de quelques familles marquantes, si on ne savait que c'est une réponse très modérée à une provocation très repréhensible, je me suis fait un devoir de vous en donner franchement l'explication, et d'y joindre la pièce en question.

Agréez, Général, l'hommage de ma haute considération.

De Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur
Alexandre Pouchkine.
24 Nov.
St. P. b. 1)

 

Бібліотека ім. О. С. Пушкіна (м. Київ).
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