Полное собрание сочинений в 10 томах.

424. П. Я. ЧААДАЕВУ

6 июля 1831 г. Из Царского Села в Москву

Mon ami, je vous parlerai la langue de l'Europe, elle m'est plus familière que la nôtre, et nous continuerons nos conversations commencées jadis à Sarsko-Sélo et si souvent interrompues.

Vous savez ce qui nous arrive: à Pétersbourg le peuple s'est imaginé qu'on l'empoisonnait. Les gazettes s'épuisent en semonces et en protestations, malheureusement le peuple ne sait pas lire, et les scènes de sang sont prêtes à se renouveler. Nous sommes cernés à Sarsko-Sélo et à Pavlovsky et nous n'avons aucune communication avec Pétersbourg. Voilà pourquoi je n'ai vu ni Bloudof, ni Bellizard. Votre manuscrit est toujours chez moi; voulez vous que je vous le renvoyé? mais qu'en ferez-vous à Necropolis? laissez-le moi encore quelque temps. Je viens de le relire. Il me semble que le commencement est trop lié à des conversations antécédentes, à des idées antérieurement développées, bien claires et bien positives pour vous, mais dont le lecteur n'est pas au fait. Les premières pages sont donc obscures et je crois que vous feriez bien d'y substituer une simple note, ou bien d'en faire un extrait. J'étais prêt à vous faire remarquer aussi le manque d'ordre et de méthode de tout le morceau, mais j'ai fait réflexion que c'est une lettre, et que le genre excuse et autorise cette négligence et ce laisser-aller. Tout ce que vous dites de Moïse, de Rome, d'Aristote, de l'idée du vrai Dieu, de l'Art antique, du protestantisme est admirable de force, de vérité ou d'éloquence. Tout ce qui est portrait et tableau est large, éclatant, grandiose. Votre manière de concevoir l'histoire m'étant tout à fait nouvelle, je ne puis toujours être de votre avis; par exemple je ne conçois pas votre aversion pour Marc-Aurèle, ni votre prédilection pour David (dont j'admire les psaumes, si toutefois ils sont de lui). Je ne vois pas pourquoi la peinture forte et naïve du polythéisme vous indignerait dans Homère. Outre son mérite poétique, c'est encore, d'après votre propre aveu, un grand monument historique. Ce que l'Illiade offre de sanguinaire, ne se retrouve-t-il pas dans la Bible? Vous voyez l'unité chrétienne dans le catholicisme, c'est à dire dans le pape. — N'est-elle pas dans l'idée du Christ, qui se retrouve aussi dans le protestantisme. L'idée première fut monarchique; elle devint républicaine. Je m'exprime mal, mais vous me comprendrez. Ecrivez-moi, mon ami, dussiez-vous me gronder. Il vaut mieux, dit l'Ecclésiaste, entendre la correction de l'homme sage que les chansons de l'insensé.

6 juillet S. S. 1)

 

Бібліотека ім. О. С. Пушкіна (м. Київ).
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