Полное собрание сочинений в 10 томах.

369. Н. Н. ГОНЧАРОВОЙ

26 ноября 1830 г. Из Болдина в Москву

D'après votre lettre du 19 novembre je vois bien qu'il faut que je m'explique. Je devais quitter Boldino le 1-r octobre. La veille j'allais à une trentaine de verstes de chez moi chez la princesse Galitzin pour savoir au juste le nombre des quarantaines, le chemin le plus court etc. Comme sa campagne se trouve sur le grand chemin, la princesse s'était chargée de savoir tout cela au juste.

Le lendemain 1-r octobre en revenant chez moi, je reçois la nouvelle que la choléra a pénétré jusqu'à Moscou, que l'empereur y est et que les habitants l'ont tous abandonnée. Cette dernière nouvelle me rassure un peu. Ayant appris cependant que l'on délivrait des certificats pour un passage libre ou, au moins, pour un temps moindre de quarantaine, j'écris à cet effet à Нижний. On me répond que le certificat me serait délivré à Лукоянов (comme quoi Boldino n'est pas infecté). En même temps on m'apprend que l'entrée et la sortie de Moscou sont interdites. Cette dernière nouvelle et surtout l'incertitude de votre séjour (je ne recevais de lettre de personne à commencer par M-r mon frère, qui se soucie de moi comme de l'an 40) m'arrêtent à Boldino. Arrivé à Moscou, je craignais ou plutôt j'espérais de ne pas vous y trouver, et quand même on m'y aurait laissé pénétrer, j'étais sûr qu'on ne m'en laisserait pas sortir. En attendant le bruit que Moscou était désert se confirmait et me rassurait.

Tout à coup je reçois de vous un petit billet où vous m'apprenez que vous n'y avez pas songé... Je prends la poste; j'arrive à Лукоянов où l'on me refuse un passeport sous prétexte que j'étais choisi pour inspecter les quarantaines de mon district. Je me décide à continuer ma route après avoir envoyé une plainte à Нижний. Arrivé sur le territoire de Vladimir, je trouve que la grand 'route est interceptée et que personne n'en savait rien, tellement les choses sont ici en ordre. Je reviens à Boldino, où je resterai jusqu'à ce que je n'aie reçu le passeport et le certificat, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il plaira à Dieu.

Vous voyez donc (si toutefois vous daignez me croire) que mon séjour ici est forcé, que je ne demeure pas chez la princesse Galitzin, quoique je lui aie rendu une visite; que mon frère cherche à s'excuser quand il dit m'avoir écrit dès le commencement de la choléra, et que vous avez tort de vous moquer de moi.

Sur ce — je vous salue.

26 nov.

Абрамове n'est pas la campagne de la princesse Galitztn comme vous le croyez — mais une station à 12 verstes de Boldino, Лукоянов en est à 50.

Comme il paraît que vous n'êtes pas disposée à me croire sur parole je vous envoye deux documents de ma détention forcée.

Je ne vous ai pas dit la moitié de toutes les contrariétés que j'ai eu à essuyer. Mais ce n'est pas en vain que je suis venu me fourrer ici. Si je n'avais pas été de mauvaise humeur en venant à la campagne, je serais retourné à Moscou dès la seconde station, où j'ai appris que la choléra ravageait Нижний. Mais alors je ne me souciais pas de rebrousser chemin et je ne demandais pas mieux que la peste.1)

 

Бібліотека ім. О. С. Пушкіна (м. Київ).
Про О.С. Пушкіна