Полное собрание сочинений в 10 томах.

367. П. А. ОСИПОВОЙ

5 (?) ноября 1830 г. Из Болдина в Опочку

C'est dans la solitude de Boldino, Madame, que j'ai reçu vos deux lettres à la fois. Il faut avoir été absolument seul, comme je le suis maintenant, pour savoir le prix d'une voix amie et de quelques lignes tracées par quelqu'un que nous chérissons. Je suis bien aise que mon Père ait, grâce à vous, bien supporté la nouvelle de la mort de Василий Львович. Je craignais beaucoup, je vous l'avoue, sa santé et ses nerfs si affaiblis. Il m'a écrit plusieurs lettres où il paraît que la crainte de la choléra en a remplacé la douleur. Cette maudite choléra! ne dirait-on pas que c'est une mauvaise plaisanterie du sort? J'ai beau faire, il m'est impossible d'arriver jusqu'à Moscou; je suis cerné par toute une échelle de quarantaines et cela de tout côté, le gouvernement de Nijni étant juste le centre de la peste. Cependant je pars après-demain et Dieu sait combien de mois je mettrai à faire 500 verstes que je parcours ordinairement en 48 heures.

Vous me demandez, Madame, ce que c'est que le mot toujours qui se trouve dans une phrase de ma lettre. Je ne m'en souviens pas, Madame. Mais en tout cas ce mot ne peut être que l'expression et la devise de mes sentiments pour vous et toute votre famille. Je suis fâché si ma phrase présentait un sens inamical — et je vous supplie de la corriger. Ce que vous me dites de la sympathie est bien vrai et bien délicat. Nous sympathisons avec les malheureux par une espèce d'égoïsme: nous voyons que, dans le fond, nous ne sommes pas les seuls. Sympathiser avec le bonheur suppose une âme bien noble et bien désintéressée. Mais le bonheur...... c'est un grand peut-être, comme le disait Rabelais du paradis ou de l'éternité. Je suis l'athée du bonheur; je n'y crois pas, et ce n'est qu'auprès de mes bons et anciens amis que je suis un peu sceptique.

Dès que je serai à Pétersbourg, vous recevrez, Madame, tout ce que j'ai imprimé. Mais ici je n'en ai pas les moyens de rien vous envoyer. Je vous salue, Madame, de tout mon cœur, vous et toute votre famille. Adieu, au revoir. Croyez à mon entier dévouement.

A. Pouchkine.

 

Бібліотека ім. О. С. Пушкіна (м. Київ).
Про О.С. Пушкіна