Полное собрание сочинений в 10 томах.

293. А. X. БЕНКЕНДОРФУ

18 января 1830 г. В Петербурге
Mon Général,

Je viens de recevoir la lettre que Votre Excellence a daigné m'écrire. A Dieu ne plaise que je fasse la moindre objection à la volonté de celui qui m'a comblé de tant de bienfaits. Je m'y serais soumis même avec joie, si je pouvais seulement être sûr de n'avoir pas encouru son mécontentement.

Je prends bien mal mon temps, mon Général, pour recourir à votre bienveillance, mais c'est un devoir sacré qui m'y oblige. Des liens d'amitié et de reconnaissance m'attachent à une famille aujourd'hui bien malheureuse: la veuve du général Raievsky vient de m'écrire pour m'engager à faire quelques démarches en sa faveur, auprès de ceux qui puissent faire parvenir sa voix jusqu'au trône de Sa Majesté. Le choix qu'elle a fait de moi prouve déjà à quel point elle est dénuée d'amis, d'espérances et de ressources. La moitié de la famille est exilée, l'autre à la veille d'une ruine complète. Les revenus suffisent à peine pour payer les intérêts d'une dette immense. Madame Raievsky sollicite à titre de pension le traitement entier de feu son mari, réversible sur ses filles en cas de mort. Cela suffira pour la préserver de la mendicité. En m'adressant à vous, Général, c'est plutôt le guerrier que le ministre, et l'homme bon et sensible, plutôt que l'homme d'état, que j'espère intéresser au sort de la veuve du héros de 1812, du grand homme dont la vie fut si brillante et la mort si triste.

Daignez agréer, Mon Général; l'hommage de ma haute considération.

Je suis avec respect
Votre très humble et très obéissant
serviteur
Alexandre Pouchkine.
1830, 18 janvier.
St-P. 1)

 

Бібліотека ім. О. С. Пушкіна (м. Київ).
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